Résultats du programme ENEID

Les principaux résultats du Programme sont les suivants:
 
Axe 1. Enquête sur les usages mémoriaux du web en France

  • Méthode: entretiens et questionnaire en ligne (juin 2015-octobre 2016, 766 répondants)
  • Participants: Hélène Bourdeloie (responsable scientifique), Lucien Castex, Laurence Larochelle, Cindy Minodier, Victoria Brun, Morgane Mabille, Oriane Pellois, Mathilde Petit, Sara Houmair, Stéphie Viramouttou, Martin Julier-Costes, Elsa Arvanitis.

 
Rendre hommage à un défunt sur internet dispenserait d'aller au cimetière ? 
Non, le numérique ne remplace pas la visite au cimetière: l'enquête a montré que les usages mémoriaux du web se cumulent à la fréquentation du cimetière "traditionnel" (funérailles, visite).
 
Qui utilise internet pour rendre hommage aux défunts ? 
Ce sont majoritairement des femmes (67,5% des répondant.e.s) qui utilisent beaucoup les technologies et qui vont en outre régulièrement au cimetière ou dans des lieux de commémoration.
 
Comment rend-on généralement hommage à un défunt sur internet ?

  1. création d'une page d'hommage (43,2%) sur le web ou sur Facebook
  2. publication sur la page Facebook du défunt (15,4%)
  3. discussions dans un forum (18,2%).

Pourquoi consulter la page d'un défunt sur internet ou publier sur sa page ?

  1. se recueillir (63,5%)
  2. partager des sentiments et des souvenirs (58,3%)
  3. se sentir plus entouré (36%)
  4. créer du lien avec les autres endeuillés (36,8%)

Quelles sont les dernières volontés des usagers concernant leurs propres données après leur décès ?

  • 12% souhaitent que leur profil soit conservé tel quel
  • 26,7% souhaitent que leurs données soient totalement effacées.
  • 26,3% souhaitent que les données restent accessibles seulement à la famille ou aux amis

Référence: Hélène Bourdeloie, Victoria Brun. Le deuil numérique en chiffres. [Rapport de recherche] Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3. 2018. 〈hal-01698125v2〉.

 
 
Axe 2: Enquête sur la ciculation de l'annonce du décès des célébrités

  • Méthode: analyse de base de données dans la presse (Factiva, base OTMédia de l'INA)
  • Participants: Nelly Quemener (responsable scientifique), Jamil Daklia, Lucien Castex.

 
Quelles sont les célébrités dont la mort fait le plus souvent l'objet d'un traitement médiatique (Presse, Twitter)? 

  • les hommes (15% de femmes pour 85% d'hommes) 
  • les célébrités du monde des arts et de la culture
  • les célébrités nationales plutôt qu'étrangères (on parle des défunts à l'échelle nationale)

Quels sont les décès les plus médiatisés (parmi les différentes causes de décès) ?

  • les décès "hyper médiatisés" relèvent le plus souvent d'un trouble dans la vie de la personnalité.
  • les causes de la mort sont rarement évoquées et le fait que le défunt meure jeune n'est pas un motif spécifique de médiatisation

Référence: Nelly Quemener et Jamil Daklia (2018, sous presse) Hérauts et héros de la postérité, Logiques de médiatisation et fabrique de la célébrité post mortem. Reseaux. 

 
 
Axe 3. Analyse des traces numériques et de l'identité numérique post mortem sur Facebook

  • Méthode: analyse qualitative quantifiée des publications publiques sur 44 pages de défunts dont le décès a fait l'objet d'une médiatisation et entretiens. L'analyse n'a porté que sur les publications publiques de profils Facebook de défunt qui n'étaient pas des célébrités de leur vivant mais dont le décès avait fait l'objet d'une médiatisation (accidents de la route, agressions meurtrières).
  • Participants: Virginie Julliard (responsable scientifique), Fanny Georges, Lucien Castex.

 
En quelles proportions les pages que les défunts ont créées de leur vivant sont elles utilisées après leur décès ?

  • 47% des pages de profil Facebook font l'objet de publications post mortem en France, 30% des pages Weibo en Chine
  • 10 % des pages sont supprimées après le décès
  • 5 % sont transformées en comptes de commémoration

Comment publie-t-on sur la page du défunt ?

  • L'identité numérique post mortem se constitue de données personnelles ultra sensibles: la plupart des publications sont réalisées en mode privé ou semi privé. Des endeuillés se recueillent sur le profil, et scrollent le mur en remontant parfois très loin: on peut l'observer par exemple lorsqu'ils publient un commentaire d'une publication très ancienne.
  • La moitié des pages présentant des publications post mortem après le décès sont produites par un proche en utilisant les identifiants du défunt
  • Les endeuillés qui ont les identifiants non seulement publient en le nom du défunt, mais également nettoient la page du défunt ("profilopraxie") en supprimant les informations jugées inadéquates (supprimer des photos, des mots lorsqu'ils sont jugés déplacés).

Référence: Fanny Georges et Virginie Julliard (2016) « Profilopraxie et apposition des stigmates de la mort: comment les proches transforment-ils la page Facebook d’un défunt pour la postérité? ». Linguas e Instrumentos Lingüisticos, 37, 2016.[Texte intégral gratuit sur le site de la Revue Linguas]